août 2, 2026 · The Geneva Learning Foundation

Climat et santé : remarques de Reda Sadki lors de l’annonce du financement Nexa en soutien des réponses communautaires locales

Reda Sadki speaking on a panel at The Conduit in London at the Nexa climate and health funding announcement, June 2026

Reda Sadki de La Fondation Apprendre Genève a participé à un panel d’experts lors du lancement de l’annonce de financement Nexa à Londres le 21 juin 2026, aux côtés du Dr Devotha Nyambo de l’Institut africain des sciences et technologies Nelson Mandela en Tanzanie et du Dr Claude Pirmez de Fiocruz au Brésil. Le panel était animé par Doris Wangari de la Fondation Science pour l’Afrique.

Pourquoi il faut entendre les voix locales

Doris Wangari : Les débats mondiaux sur le climat et la santé se déroulent souvent très loin des communautés qui vivent ces impacts. Pourquoi est-il important de toucher les acteurs locaux et d’amplifier leurs voix?

Merci pour cette excellente question, et bonjour à toutes et à tous.

À La Fondation Apprendre Genève, nous pensons qu’il est essentiel de créer ce lien entre l’action locale et les acteurs mondiaux.

Il y a un grand fossé, et il y a un risque de tomber dans ce fossé des deux côtés.

Il y a une histoire derrière cette enquête.

En 2023, nous travaillions avec les communautés que nous accompagnons. Un réseau d’acteurs locaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine, avec environ 70 % du réseau en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Nous entendions des choses vraiment inquiétantes de leur part sur les impacts du changement climatique sur la santé.

Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas poser la question directement à la communauté? 4 700 personnes ont participé à cet événement en 2023.

C’est à ce moment que nous avons senti que nous avions la responsabilité d’aller plus loin.

Nous avions fait la première partie de notre mission : poser la question à la communauté, écouter, puis partager avec la communauté ce que nous avions appris.

Mais nous avons réalisé qu’à un moment où les acteurs mondiaux se mobilisaient vraiment, avec beaucoup d’intérêt et de bonne volonté de la part de partenaires internationaux, nous ne pourrions pas porter ces voix seuls, les élever là où elles devaient être entendues.

C’est là que nous avons pris contact avec Grand Challenges Canada et le réseau d’innovateurs qui l’entoure.

C’était il y a trois ans.

Ce qui me passionne encore plus maintenant, c’est l’opportunité devant nous, et ce que nous avons appris sur l’action locale jusqu’ici.

Pourquoi l’enquête mondiale sur le changement climatique et la santé est importante, et pourquoi c’est une arme à double tranchant

Doris Wangari : Vous avez réalisé plusieurs enquêtes. Pourquoi les gens devraient-ils s’intéresser à celle-ci? Pourquoi les décideurs politiques et les bailleurs de fonds devraient-ils s’en soucier?

Il y a un apprentissage très important dans cette enquête, un risque très important que nous devrions tous considérer, et une opportunité fascinante que nous ne devrions pas manquer.

D’abord l’apprentissage.

Il y avait trois questions qualitatives dans l’enquête.

L’une était très simple : avez-vous un enseignement, un défi ou une histoire de succès que vous aimeriez partager?

C’était facultatif. Les gens pouvaient sauter cette question, car nous nous concentrions sur les obstacles et les menaces.

Et pourtant plus de 2 400 répondants ont choisi de prendre leur temps, sur leur propre temps, sans aucune compensation offerte, pour y répondre.

Nous avons analysé ces données et venons de publier un rapport de synthèse. Ce que nous appelons un rapport d’écoute et d’apprentissage.

Ce que nous avons trouvé est fascinant, mais aussi effrayant.

C’est vraiment une arme à double tranchant.

D’un côté, nous avons trouvé non pas des dizaines mais des centaines de solutions locales et d’innovations mises en œuvre par des acteurs locaux, et généralement autofinancées par les communautés elles-mêmes.

Par exemple, en réponse à l’augmentation de la fréquence des inondations, il y a des femmes qui paient elles-mêmes le transport pour aider d’autres femmes sur le point d’accoucher à traverser les zones inondées pour atteindre la clinique.

Ce n’est qu’un exemple.

Grâce à l’échelle que nous avons pu atteindre avec Grand Challenges, nous avons maintenant des centaines d’exemples documentés comme celui-ci.

Mais voici l’autre tranchant.

Nous voulons tous de la durabilité.

Et qu’y a-t-il de plus durable que des acteurs locaux qui ne demandent pas l’aide du gouvernement, qui ne demandent pas aux donateurs internationaux?

Alors, quelle est notre responsabilité? Quel est notre rôle face à cela?

Cela m’amène au risque.

Ce type d’action auto-organisée ne peut aller que jusqu’à un certain point.

Il doit y avoir une adéquation entre les ressources disponibles et les actions qui fonctionnent réellement sur le terrain.

Nous voyons des investissements importants et très nécessaires pour améliorer les politiques, pour renforcer la base de données probantes, pour cartographier le paysage du changement climatique et de la santé.

Mais s’il n’y a pas un investissement équivalent dans les communautés et dans l’action locale, nous finirons par avoir de meilleures politiques et une meilleure science. Et, dans 5, 10 ou 15 ans, les communautés rejetteront les deux.

C’est le risque auquel je crois que nous faisons face.

Et l’opportunité est simplement de trouver, peut-être d’inventer, de nouvelles façons de travailler ensemble.

Il y a un groupe extraordinaire de personnes dans cette salle qui inventent constamment, donc c’est le bon groupe pour s’emparer de ce message.

Pour ce groupe de femmes en République démocratique du Congo qui s’organisent et se financent elles-mêmes pour permettre aux femmes enceintes d’accoucher en sécurité. Quel est notre rôle?

Quelle est notre responsabilité?

Que pouvons-nous faire, et comment devrions-nous le faire?

C’est la question qui se pose à nous.

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